Auteur : Alfred de Musset
Date : 1832
Inspiration : Émois féminins
Genre : Pastiche osé
Titre : Ce à quoi rêvent les jeunes filles : Ninon et Ninette répondent au poète

Présentation de la comédie
Ninon et Ninette sont deux nobles jumelles, de toutes jeunes filles, têtes en l’air et charmantes. De la pucelle de très grande qualité que le père, le Duc Laërte, ne veut pas voir tomber dans les pattes de n’importe quel coureur de dot. Il imagine en conséquence une mise en scène pour les rendre amoureuses du gendre qu’il s’est choisi… Et ça marchera. À la fin des deux actes, Ninon, la plus hardie des deux tendrons, épousera Silvio.
C’est du « tiré par les cheveux », et pas qu’un petit peu. Mais avec un tel titre nous ne pouvions ne pas tenter un pastiche à cette bluette. Las, la chose ne fut pas si simple. Où intervenir dans le texte original ? Musset, ce débauché notoire que nous avons caricaturé plus avant dans ce blog, nous écrit sa comédie, avec la pudeur d’une Madame de La Fayette. On parle abondamment d’amour ici, mais on ne le fait pas.
À quoi rêvaient les jeunes filles en 1830 ? L’auteur pose la question, mais n’y répond guère. Nous nous hasardons à souffler quelques hypothèses.
Mise en contexte du pastiche
Nos jumelles ont reçu chacune une lettre, en fait la même, d’un mystérieux amoureux. Elles se retrouvent toutes deux, au crépuscule « en déshabillé » sur la terrasse de leur demeure où l’Inconnu leur a donné rendez-vous. Chacune croit avoir été invitée seule. Venues chacune de son côté avant l’heure fixée, elles comprennent rapidement la supercherie et déchantent. On s’est moqué d’elles. Qu’importe, elles décident d’attendre l’imposteur.
C’est le propos de la scène II de l’Acte II
À QUOI RÊVENT LES JEUNES FILLES
(Avec nos excuses à Alfred de Musset)
NINETTE ET NINON RÉPONDENT AU POÈTE
Abandon du texte original à :
NINON
Je le trouvais si beau !
NINETTE
Je l’avais cru si tendre !
NINON
Nous lui dirons son fait, ma chère, il faut l’attendre.
NINETTE
Je veux bien ; restons là.
NINON
Comment crois-tu qu’il soit ?
NINETTE
Brun¹, avec de grands yeux.
AJOUT
NINON
Les cheveux, les yeux : soit !
Mais, avant, moi j’entends qu’il soit fort et bien fait.
NINETTE
Te faut-il un Hercule pour te faire effet ?
NINON
Et ma foi, pourquoi pas ? Je rêve d’un héros
Plein de muscles et de sang, un guerrier, un taureau …
NINETTE
Genre Achille, Thésée ? J’opte moi pour Pâris,
Le charmant Adonis ou le joli Narcisse.
Pour me plaire, un garçon sera fin, doux, affable,
Soucieux de me séduire, attentif et aimable.
NINON
narguant sa sœur
Oh la précieuse enfant ! Comédie ! Tra deri.
NINETTE
Tu te moques de moi. C’est mal …
NINON
Mais non, je ris.
Pas de toi, mais de nous que l’on croit si candides,
Quand nous sommes coquines, affranchies, intrépides.
Sous nos airs chastes et purs, disons-le angéliques,
Nous cachons toi et moi des travers volcaniques.
NINETTE
gênée
Bravo de l’assumer et l’avouer franchement,
Moi je n’ose …
NINON
…Oublions ! Nous parlions d’un amant.
Tu l’espères avenant, courtois, poli, docile.
Quand je le veux gaillard, truculent et viril.
D’abord, entendons-nous, tout au moins sur un mot :
Fort ou mince, il convient qu’un prétendant soit beau.
NINETTE
J’en suis ….
NINON
Si je le veux puissant c’est qu’à notre âge
Il faut savoir à qui confier son pucelage.
Las, notre siècle veut que celui qui l’aura
Reste accolé à nous, pareil au rémora
Sur le dos du requin. Un mari, c’est à vie.
Or c’est long une vie et je n’ai pas envie
D’un époux sans audace, apathique et fadasse,
Qui, à l’heure de m’aimer, se montrerait mollasse.
NINETTE
Il y a là, j’admets, matière à réflexion.
Mais s’il est plein d’esprit et qu’il est beau garçon,
Un galant nous fera des journées radieuses …
NINON
S’il n’est pas empoté et sait nous rendre heureuses,
Par les jours, il est vrai … Mais par les nuits aussi.
NINETTE
Mais moi je dors, la nuit. Que veux-tu dire ici ?
NINON
Ne fais pas l’innocente, hypocrite sœurette !
S’il est bon qu’un amant sache conter fleurette,
Pour démontrer qu’il aime, il a d’autres façons.
Tu sais comment sont faits, n’est-ce pas, les garçons ? …
NINETTE
répondant trop vite
Ma foi non !
NINON
Allons donc ! Voyez la fausse prude !
Je connais, sache-le, ta tenace habitude
Au cabinet ducal de préférer l’enfer
Et les curieux bouquins qu’y cache notre père.
NINETTE
Ne parle pas si fort !
NINON
D’accord, mais ne nie pas
Que tu mates du cul dans les livres à papa.
NINETTE
offusquée
Du cul ! ….
NINON
Des vits, cons, couilles et tétons et roupettes ;
Des pénis en action, des gouines et des tapettes,
Des couples forniquant, un monde de dessins
De conins, de fessiers et de paires de seins …
NINETTE
Tais-toi !
NINON
Pis encor des récits, des descriptions
De débauches, d’orgies et de copulations
NINETTE
Tu es bien informée …
NINON
Et n’en fais pas mystère.
Je les lis moi aussi les interdits du père.
Et, si tu veux savoir, j’y pense, après, la nuit …
NINETTE
Eh bien soit, j’avoue, j’en rêve moi aussi.
NINON
Suintant de plaisir, j’en ressens grand émoi
Et me touche hardiment ….
NINETTE
honteuse
Mon dieu, tout comme moi.
NINON
Je jouis comme une abbesse et coule sur mes draps
Presque autant qu’à ces heures où je suis dans tes bras.
NINETTE
vivement
Garde notre secret !
NINON
après un silence, songeuse
Dis, j’aimerais …
NINETTE
immédiatement sur ses gardes
Hein ? Quoi ?
NINON
Tu ne devines pas ? Rapproche-toi
NINETTE
Pourquoi ?
NINON
soupirant bruyamment
J’ai peut-être une idée …
NINETTE
Tais-toi, je la connais.
après réflexion
Ou plutôt, dis toujours, essaie de m’étonner.
NINON
L’air est doux, il fait sombre et l’on n’y entend rien …
NINETTE
Toi, je te vois venir ….
NINON
Dis-moi que tu veux bien …
NINETTE
Sœur, tu es insatiable ….
NINON
décidée
Qu’y puis-je ? Allons Ninette.
Décroise tes genoux, fais bailler ta nuisette.
NINETTE
on l’imagine se reculant
Pas ce soir !
NINON
pressante, insistante
S’il te plait ….
NINETTE
que l’on sent mollir
Ninon, tu exagères
Ce n’est pas le moment !
NINON
Mais si ! Dis ! Coopère !…
Tes tétons sont dressés sous mes doigts, j’en suçote
Les bouts …
NINETTE
geignant
Ne les mords pas !
NINON
Mais non, je les mignote.
NINETTE
horrifiée
Tu ne veux pas qu’on baise ici sur la terrasse ?
NINON
Et pourquoi non, ma sœur ? Ta bouche, que je l’embrasse !
NINETTE
Si l’Inconnu surgit et là qu’il nous surprenne,
De honte je mourrais ….
NINON
Aucun risque qu’il vienne
Avant que l’horizon perde toute nuance.
NINETTE
gênée de le concéder
Nous sommes au rendez-vous il est vrai en avance …
NINON
Il a dit : « Je viendrai quand la nuit sera noire ».
Elle ne l’est pas encore. On y peut toujours voir.
NINETTE
soupirant, toujours hésitante
C’est bien ce que je crains. Si l’on nous découvrait …
NINON
Tu le sais : nul ne vient le soir ici ….
NINETTE
résignée et cédant
C’est vrai.
elles se taisent et l’on entend quelques bruits du charmant remue-ménage
NINON
Avance sur le banc, détends-toi ma Ninette,
Laisse-moi vérifier, que j’en aie le cœur net :
Mouilles-tu en pensant à celui qu’on attend ?
d’autres bruits furtifs
Mais tu es sans culotte… Et, mon Dieu, quel étang !
NINETTE
Ah tu peux bien parler ! Va, je m’en doutais bien :
Sous ton déshabillé, toi non plus tu n’as rien.
NINON
Comme toi, avoue-le, j’avais dans mes visées,
Venant au rendez-vous d’y peut-être baiser.
NINETTE
Si mon con est étang, eh bien je te signale
Que le tien coule autant que les eaux du canal.
NINON
Je t’ai rarement vue à ce point-là trempée.
NINETTE
Tu rêvais d’être étreinte, on ne s’y peut tromper.
NINON
De l’amant espéré fais-toi la remplaçante.
NINETTE
Dans l’état où je suis l’idée certes est tentante.
NINON
Allons !
NINETTE
J’hésite encor ….
NINON
Eh quoi, ma gigolette,
Toi qui toujours dis oui, qu’est-ce ici qui t’arrête ?
NINETTE
C’est vexant d’être la solution de rechange.
NINON
Laisse-toi faire et tu ne perdras rien au change
Étends-toi sur le dos, lève les jambes en l’air.
Ne pense qu’au plaisir, je vais te satisfaire…
NINETTE
affolée, haletante …
Je n’y tiens plus, Ninon, tu m’as trop échauffée …
NINON
Je veux que tu jouisses ….
quelques plaintes et soupirs divers
NINETTE
Dieu du ciel, c’est fait.
NINON
À la bonne heure ! À moi !
NINETTE
pressée
Viens sur moi !
NINON
J’en rêvais …
Oh oui, là, comme ça ! Que tu me fais de bien !
Va des lèvres et des doigts, surtout ne change rien !
Cramponne-moi, je viens !
gémissements, cris étouffés
NINETTE
hors d’haleine
Craignant qu’on nous surprenne
J’ai mis doubles bouchées …
NINON
Et j’ai joui comme reine.
un long silence
NINETTE
Remettons, sans tarder, de l’ordre à nos effets.
NINON
Reprenons notre souffle. Il faut nous recoiffer.
NINETTE
Attends, ton museau brille, il reluit, tout mouillé.
NINON
Un bout de ta nuisette et viens me l’essuyer !
divers bruits de remise en état
NINETTE
L’Inconnu peut venir, nous voilà présentables,
NINON
Pudiques,
NINETTE
Ingénues,
NINETTE
Sages,
NINON
Raisonnables…
elles pouffent de rire, autre silence
NINETTE
Et maintenant, dis-moi, à quoi donc songes-tu ?
NINON
du tac au tac
À baiser de nouveau à fesses rabattues !
elle rit avec autodérision, puis, réfléchissant
Mes rêves ne sont plus ceux-là de mon enfance.
NINETTE
Convenons que l’on change en cours d’adolescence.
NINON
J’en sais qui se demandent, écrivains ou poètes,
Ce que les jeunes filles ont aujourd’hui en tête ?
NINETTE
À la question posée : « Sous vos airs si mignons,
À quoi méditez-vous en secret, ô Ninon ? »
NINON
À l’interrogation : « Que songez-vous Ninette
Qui vous fait l’air absent et vous rend si distraite ? »
NINETTE
Que répondrions-nous ?
long silence embarrassé
À toi, dis la première.
NINON
Précise ta question !
NINETTE
Voici. « Sous vos paupières
Closes, dites : quelles pensées vous habitent ?
Rêvez-vous d’un mari ? … »
NINON
Non, d’une grosse bite !
les deux s’esclaffent
NINETTE
« Espérez-vous un prince sur un blanc étalon ? »
NINON
L’étalon pas le prince, avec un gros tromblon.
nouveaux éclats de rire
NINETTE
« Et puis, joli tendron, ce futur compagnon :
Qu’attendrez-vous de lui ? »
NINON
Qu’il bande et soit cochon.
Quand avec lui au lit je serai toute nue.
on rit encore plus fort
NINETTE
feignant la sévérité
« Vous ! La fille d’un duc ! Un peu de retenue ! »
NINON
Retenue : mon cul ! Je le dis fort à l’aise :
J’espère un dégourdi qui me foute et me baise.
on atteint le fou rire auquel succède un silence
Et maintenant, ma sœur, si secrète et sensible
Avoueras-tu tes songes ?
Plus d’informations sur l’illustrateur ici.
NINETTE
effrayée
Non ce n’est pas possible.
NINON
Et pourquoi non, dis-moi ?
NINETTE
Comprends ma confusion :
J’ai toujours eu, hélas, trop d’imagination.
NINON
impitoyable
Mais encore ? Allons, parle !
NINETTE
ampoulée, hésitante
L’objet de mes pensées
Est plus câlin qu’osé, plus tendre que pressé.
long silence comme si elle hésitait à poursuivre
NINON
C’est bien, mais baise-t-il ?
NINETTE
tournant autour du pot
Oui, mais pas tout de suite,
NINON
Ce n’est jamais trop tôt !
NINETTE
Tu vas toujours trop vite !
Je souhaite à l’heur d’aimer un leste partenaire
Qui enflamme mes sens d’adroits préliminaires.
Il est mille des façon d’atteindre le plaisir,
Les veux toutes essayer. L’amant que je désire
Aura des gestes doux, éthérés, délectables,
Et puis d’autres vicieux, scabreux, inavouables.
Fureteur et lascif, le garçon de mes rêves
Est habile des doigts tout autant que des lèvres.
NINON
Dis-le donc que tu veux qu’il te touche et te suce ?
NINETTE
Du bouton de mon con au trou de mon (chuchotant) anus.
Je suis son obligée et retourne les gestes,
Question de le sucer, je ne suis pas en reste.
NINON
Je connais tes talents. Ta bouche qui mordille
Et embrasse si bien.
NINETTE
en conclusion, après un long soupir
Ainsi des jeunes filles
Rêvent sur un balcon – rendez-vous clandestin –
La nuit en attendant un amant incertain.
Reprise du texte à :
NINON
Quant à moi je voudrais déjà qu’il fût ici.
NINETTE
Bien d’accord avec toi, je le voudrais aussi².
¹ Page 18 de notre texte de référence : « À quoi rêvent les jeunes filles ? » version PDF. Oeuvre du Domaine public – Version retraitée par Libre Théatre
² Page 19 de notre ouvrage de référence, avec pour fin de cohérence, la retouche idoine (en romain) au vers de Ninette.
