Auteur : Voltaire
Date : 1759
Inspiration : Effets collatéraux de l’enseignement de maître Pangloss sur une jeune fille de bonne famille
Genre : Pastiche osé
Titre : Les Emois de Cunégonde

(Avec nos excuses à Voltaire)

(Suite de Candide 1 )

LES ÉMOIS DE CUNÉGONDE

Cunégonde était tout à la fois bouleversée et séduite jusqu’à l’éblouissement par ce premier contact avec les travaux pratiques de Pangloss. Mais gênée aussi par cette source nouvelle qui ne cessait de lui suinter du séant. L’un de ses escarpins clapotait à chacun de ses pas, tandis qu’elle glissait dans l’autre, chuintant sur l’allée de gravier. D’une main prestement portée à son arrière-train, elle se réjouit de constater que l’humidité n’avait pas gagné l’extérieur du tissu de sa robe longue. Il est vrai qu’elle portait trois jupons bouffant sous l’habit ce jour-là. Elle vérifia. Le premier était à tordre, le second bien humide, mais le troisième, un molleton fort épais, jouait efficacement son rôle d’éponge.

Marchant d’un pas vif, elle longea bientôt un long bâtiment de moellons à un étage, chapeauté d’une toiture à fronton de tuiles de chêne, ouvert d’une dizaine de portes à doubles battants superposés : la plus grande des quatre écuries de son père le baron. Des chevaux s’ébattaient dans la prairie voisine. Pressée, elle n’y prêta guère attention, jusqu’à ce qu’elle passât à la hauteur d’un splendide étalon à la robe crème manifestant son vague à l’âme par une érection de taille éléphantesque. Personne dans les environs, Cunégonde ralentit sa marche, s’enhardit et admira tout son soûl le fier animal. Lequel n’en prit pas ombrage et s’approcha de la jeune fille en hennissant doucement, chaque pas imprimant un mouvement d’oscillation au puissant pendule ballottant entre ses flancs. Soucieuse d’aérer la moite étuve polluant ses cotillons, l’adolescente enfiévrée leva un pied sur la plus basse des perches de la clôture où elle s’accoudait et poursuivit ses observations. Pas sotte, elle s’interrogeait, faisait des rapprochements entre la poignée à pommeau rouge de Pangloss et l’énorme turgescence sombre à bout violacé du superbe destrier qui la fascinait. Des questions hantaient cette jeune âme qui se promit d’en chercher vite réponse.

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Coup d’œil à gauche, un autre à droite… Personne en vue.  Le regard pervers de nouveau aimanté par l’incontournable pénis équin, le tendron glissa une menotte décidée dans l’étroite ouverture de sa robe à hauteur de sa cuisse. Elle creusa son ventre mignon et ses longs doigts remontèrent au nombril.  Aussi délicats que volontaires, écartant un à un les tissus, ils descendirent bientôt parmi le duvet englué du mont de Vénus et plus bas encore.  Paradant devant elle comme s’il faisait cas que l’on constatât sa belle humeur du jour, le pur-sang hennit bruyamment, fier de sa mâle puissance.  Un merle jailli d’un buisson voisin survola l’hippophile enfant et, se perchant au-dessus d’elle, siffla tout de go sa joie d’exister. Ses trilles stridents firent soubresauter Cunégonde.  L’oiseau éloigné et depuis longtemps muet, elle tressaillait encore…

Arrivée au pied du château, elle ralentit sa marche pour saluer son dadais de cousin, Candide, assis sur un banc, un livre à la main, qui se leva précipitamment à sa venue, et lui manda de ses bonnes nouvelles. Aussi désireuse qu’elle fût de se vite changer, elle s’arrêta, lui fit bonne mine et rougit. Candide rougit aussi. Elle lui dit bonjour d’une voix entrecoupée et Candide lui parla sans savoir ce qu’il lui disait.

Elle aimait plutôt bien ce compagnon de jeu de sa jeunesse, un bon garçon d’allure avenante, mais d’une timidité navrante.  Elle n’ignorait pas l’effet qu’elle provoquait sur lui qui le faisait s’empourprer ou blêmir selon qu’elle lui souriait ou l’évitait.  Elle ne pouvait imaginer de moments plus divertissants que ceux où elle testait l’intérêt qu’il lui portait. Ainsi quand elle se penchait vers lui et que son corsage baillait sur sa poitrine. Il avait alors une façon d’éviter son regard et de baisser les yeux qui la ravissait. Le prude garçon en bégayait d’émerveillement. À d’autres moments qu’ils passaient ensemble, il eût été bien incapable de prononcer une parole. Ainsi, quand elle s’agenouillait le dos à lui à l’occasion de sorties communes.  Il arrivait alors que, se tendant en avant pour cueillir quelque fleur, elle fît saillir son postérieur devant les yeux du garçon. Souvent dans cette posture ses longues robes avaient la méchante tendance de se coincer sous ses genoux. Alors elle tirait le tissu vers l’avant en levant une jambe puis l’autre, ce qui, durant deux brefs instants, mettait son gentil popotin à l’air. C’est de plus en plus fréquemment que Candide lui proposait d’aller ramasser violettes, fraises sauvages ou champignons, selon la saison. Elle avait noté qu’il ne dédaignait pas non plus la cueillette des pommes, poires et cerises et ne rechignait jamais à tenir l’escabeau auquel elle grimpait dans l’un ou l’autre des vergers de son père.

Tandis qu’il proférait quelque insignifiance, elle se surprit à lorgner le devant des chausses de son timoré compagnon. Le ventre plat du jeune homme apparaissait fort différent du puissant bedon du dodu docteur Pangloss. Elle tenta d’imaginer la forme que pourrait dessiner sous l’étoffe tendue la présence d’une poignée semblable à celle qu’elle venait de découvrir dans la main de Paquette. Elle se promit de vérifier à la première occasion si le corps de son gentil cousin était équipé d’un tel manche à pommeau rubicond. L’image du bel étalon croisé plus tôt la hantait. L’imaginative enfant eut l’intuition que cet organe dont son cousin avait aussi l’usage changeait de forme selon ce que l’on attendait de lui et l’idée vint à cette autodidacte d’en avoir le cœur net. À leur prochaine promenade commune, quand l’envie les prendrait de se soulager, elle s’accroupirait face à Candide en troussant ses jupons haut sur ses genoux, les cuisses bien écartées. Son œil rivé à la chair rose du garçon, elle constaterait bien les résultats de cette initiative. Mais pour cela, il lui fallait attendre et l’émoustillée jeune fille n’entendait point tarder. Elle ne resterait pas longtemps sur sa soif de savoir et brûlait désormais de les initier tous les deux à la métaphysique.

Elle le quitta toute pensive, toute remplie du désir d’être savante, songeant qu’elle pourrait bien être la raison suffisante du jeune Candide, qui pouvait aussi être la sienne.

Reprise du texte original à : Le lendemain après le dîner, comme on sortait de table, Cunégonde et Candide se trouvèrent derrière un paravent…